Les algorithmes, la forte rotation des portefeuilles et la pression des résultats trimestriels dominent aujourd’hui le monde de l’investissement. Baillie Gifford, lui, suit une autre voie. Le gestionnaire d’actifs écossais recrute des historiens et des physiciens… et raisonne en décennies.
Comme pour tout investissement, votre capital est exposé à un risque.
Dans le monde de l’investissement, une véritable course à la baisse s’est engagée sous l’effet de l’essor de l’intelligence artificielle et de la croissance fulgurante des ETF passifs à faible coût. Tout est désormais orienté vers davantage de rapidité et des coûts toujours plus bas. Les algorithmes analysent les marchés en quelques millisecondes, les fonds passifs réduisent les frais à un niveau proche de zéro et l’investisseur moyen ne voit guère plus loin que le prochain rapport trimestriel. Dans cet univers dominé par le court terme et la compression des coûts, Baillie Gifford fait résolument le choix inverse. Le gestionnaire d’actifs écossais privilégie les résultats à long terme et investit avec un horizon de plusieurs décennies plutôt que de quelques trimestres ou de quelques millisecondes.
Cette capacité à se concentrer véritablement sur le long terme est rendue possible par la structure de propriété de l’entreprise. Baillie Gifford appartient à ses associés. Il n’y a pas d’actionnaires externes qui exercent une pression pour créer un maximum de valeur à court terme. « Nous n’avons pas d’actionnaires externes qui nous demandent de maximiser les bénéfices à court terme », explique Wim de Ruijter, responsable du Benelux chez Baillie Gifford : « Cela nous permet d’investir très tôt dans de nouvelles idées et de faire de la volatilité un atout, plutôt qu’une contrainte à laquelle il faudrait s’adapter au gré des fluctuations du marché. »
La curiosité comme fil conducteur
Investir avec un horizon de dix ou vingt ans exige une manière différente d’observer et d’analyser le monde. C’est pourquoi Baillie Gifford recrute des profils atypiques par rapport aux autres gestionnaires d’actifs. Au sein des équipes d’investissement, on trouve notamment des musiciens, des historiens, des philosophes ou encore des physiciens. Wim De Ruijter : « Investir, c’est en fin de compte comprendre le changement. Il peut s’agir d’innovations technologiques, mais aussi d’évolutions sociétales ou de mutations économiques. Un physicien comprendra peut-être mieux les mécanismes de la croissance exponentielle. Un historien identifiera les schémas récurrents des disruptions. Cette diversité de profils ne produit pas seulement des analyses plus riches ; elle permet aussi de poser de meilleures questions. Dans le monde de l’investissement, une bonne question a souvent plus de valeur qu’une réponse standardisée. »
La curiosité constitue le principal critère de recrutement chez Baillie Gifford. Wim De Ruijter : « Lors des entretiens d’embauche, nous cherchons à savoir si les candidats explorent des idées en dehors de leur domaine d’expertise. Remettent-ils les postulats en question ? Font-ils preuve d’humilité intellectuelle ? Nous recherchons des personnes animées par un besoin sincère de comprendre le fonctionnement du monde. » Quiconque souhaite investir dans des entreprises qui redéfinissent les règles de leur secteur doit accepter que leur trajectoire ne soit pas linéaire. Wim De Ruijter : « Atténuer la volatilité revient souvent à réduire également le potentiel de rendement. Les deux sont indissociables. Le risque est un choix et, à long terme, le rendement en est la conséquence. Lorsqu’un cours chute brutalement, la véritable question n’est pas de savoir si le cours a baissé, mais si les perspectives d’avenir ont réellement changé. Les meilleurs investisseurs ne sont pas ceux qui ne doutent jamais, mais ceux qui réexaminent rigoureusement leurs hypothèses sans perdre leur conviction lorsque celle-ci reste fondée. Le cours de Bourse et les progrès de l’entreprise sont deux réalités distinctes. Ceux qui ne parviennent pas à faire cette distinction ne réussiront pas en tant qu’investisseurs de long terme. »
Ralentir, approfondir l’analyse… et dresser le bilan dix ans plus tard
Une telle approche exige une discipline rare. SpaceX en est un excellent exemple. Baillie Gifford a suivi l’entreprise pendant des années avant qu’elle ne soit véritablement prise au sérieux par le marché. Wim De Ruijter : « Il est intéressant de constater que l’un de nos gérants avait participé, enfant, à un Space Camp et lisait beaucoup de science-fiction. Cette passion de toujours pour les technologies disruptives l’a conduit à s’intéresser très tôt à SpaceX, ce qui nous a permis d’établir à un stade précoce des relations de qualité avec son management. Nous avons investi dans SpaceX en 2018 et avons été capables de traverser des périodes de revers temporaire. Cette entreprise s’inscrit parfaitement dans notre stratégie consistant à investir dans des sociétés qui associent des percées technologiques majeures à des modèles économiques évolutifs et systémiques, capables de transformer des secteurs entiers. »
Si Wim De Ruijter devait citer une seule qualité indispensable pour qu’un jeune candidat devienne un grand investisseur chez Baillie Gifford, sa réponse serait immédiate et sans équivoque : « la curiosité ». Non pas un intérêt passager, mais un besoin profond et intrinsèque de comprendre comment les entreprises se construisent, comment les technologies évoluent et comment les sociétés se transforment. Et d’ajouter : « Tout le reste — les modèles financiers, la valorisation ou la construction de portefeuille — peut s’apprendre. Mais c’est la curiosité qui pousse à creuser davantage et à établir des liens que d’autres ne voient pas. » Dans un monde qui accélère sans cesse, c’est peut-être là l’attitude la plus à contre-courant qu’un gestionnaire d’actifs puisse adopter : ralentir, approfondir son analyse et n’évaluer les résultats que dix ans plus tard.
Baillie Gifford Investment Management (Europe) Ltd est agréée et réglementée par la Banque centrale d’Irlande en tant que société de gestion d›UCITS et gestionnaire AIFM. Elle est autorisée à fournir des services de gestion discrétionnaire d’actifs.